Le « Neckline Slimmer », really ?

Une de mes collègues, ortho humano-alsaco-sympathique de son état, cherchait un moyen de faire travailler les muscles sus-hyoïdiens de certains patients dysphagiques. Seulement voilà, les exercices avec une balle sous le menton ne sont guère faciles à effectuer chez les patients présentant une incontinence salivaire (on dit « droolers » en anglais ce qui signifie « baveurs » en français mais ça ne fait pas très pro !). Bref elle a eu vent d’un outil et nous voici donc à travailler sur cet article !

Les références exactes sont les suivantes :

Moon JH, Jung JH, Hahm SC, Jung KS, Suh HR, Cho HY. Effects of chin tuck exercise using neckline slimmer device on suprahyoid and sternocleidomastoid muscle activation in healthy adults. J Phys Ther Sci. 2018;30(3):454–456. doi:10.1589/jpts.30.454

Il est en accès libre ici -> https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5857457/pdf/jpts-30-454.pdf

Une équipe sud-coréenne d’ergothérapeutes a publié une étude portant sur l’intérêt d’un appareil, le Neckline Slimmer, pour la tonification des muscles sus-hyoïdiens (SH) et sterno-cléidio-occipito-mastoïdiens (SCOM) chez les sujets sains. En effet, cet appareil reproduit le mouvement du « Chin Tuck exercise » (chin= menton, tuck= rentrer) qui fait intervenir les muscles du cou avec une contre-résistance. Pour ce faire, ils ont comparé les résultats en électromyographie de surface lors d’une série de relevés de tête (type Shaker exercise) et une série de flexions du menton avec le Neckline Slimmer.

Ils ont recruté 20 sujets sains : 10 hommes, 10 femmes, d’âge moyen 28,2 ans avec un IMC moyen à 21,7 sans antécédent de douleur ou de chirurgie au niveau du cou. Ils leur ont installé un éléctromyographe de surface avec des électrodes au niveau du SCOM et d’autres au niveau des muscles sys-hyoïens. Ils ont ensuite demandé à ce groupe d’effectuer une série de mouvements d’élévation de la tête, comme dans le Shaker exercise, puis une série avec le Neckline Slimmer. Pour chaque série, le patient devait faire le mouvement pendant 10 secondes, puis un repos de 10 minutes, cet enchaînement a été reproduit trois fois.

Les auteurs ont trouvé que le Neckline Slimmer permettait une meilleure tonification des muscles SH tandis que les élévations de tête amélioraient la tonification des SCOM.

Dans l’article, ils soulignent le faible coût de cet appareil comparé aux produits concurrents, terminent en critiquant le faible échantillonnage de leur population et le fait que ce ne soit que des sujets sains puis concluent que le Neckline Slimmer est meilleur que le relevé de tête pour améliorer la déglutition.

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.

Pour commencer, j’avoue avoir lu cet article avec un petit a priori parce que, autant le dire sans ambages, le nom de l’appareil (en français « amincisseur de la ligne du cou », ça en jette un peu moins !) et le fait qu’il soit vendu à l’origine pour réduire le double-menton m’ont fait sourire. L’article ne fait que trois pages et la revue où il est publié n’a pas un super impact factor. Après lecture, je trouve que cette étude est très légère. En effet, ils ont comparé une méthode de tonification en contre résistance à une méthode sans contre-résistance et concluent que la première tonifie plus le groupe de muscles mis en contre-résistance que la seconde. Bon, en 2019, a-t-on besoin d’une étude sur 20 sujets sains pour cela ? Je ne crois pas. J’aurais aimé qu’ils comparent deux ou trois appareils de tonification en contre-résistance sur le même mouvement alors ils auraient pu dire : « voici un appareil qui fait mieux que les autres pour un coût moindre ». Enfin les auteurs le disent eux-mêmes : ils n’ont pris que des sujets sains (et j’ajouterais « jeunes ») ; alors pourquoi conclure que cet appareil est bon pour une réhabilitation des troubles de déglutition ? Cette étude montre que cet appareil permet de tonifier les muscles sus-hyoïdiens plus qu’un relevé de tête sans contre-résistance chez des sujets sains, soit. Mais quid chez les dysphagiques ? Et puis, toutes les dysphagies n’ont pas leur origine dans un manque de tonicité des muscles sus-hyoïdiens. Un bilan orthophonique de dysphagie permet d’évaluer les mécanismes dysfonctionnels et de mettre en place un plan de réhabilitation adapté aux déficits du patient. Si cet appareil peut être utile chez des patients présentant un manque de tonification des muscles sus-hyoïdiens, cette étude ne nous permet pas de l’assurer ; par ailleurs, il n’est peut-être pas la réponse à un bavage. Enfin, cet article ne donne aucune indication sur comment utiliser cet appareil ni sur la durée de maintien de cet effet de tonification (contrairement à certaines études sur le Shaker Exercise dont je parle lors de mes formations !). Il va donc falloir que nous cherchions encore un peu !

Le RSST comme outil de dépistage d’une dysphagie, bonne idée or not ?

Quand on travaille à l’hôpital ou en maison de retraite, on est toujours à la recherche d’outils à proposer aux équipes de soins pour faire un dépistage correct des troubles de déglutition. Cela fait partie de notre mission d’orthophoniste et s’inscrit dans le cadre de la prévention des risques de malnutrition, déshydratation et de pneumopathie de déglutition.

Une équipe suédoise a récemment publié une étude sur l’utilité du Repetitive Saliva Swallowing Test (RSST) comme outil de screening d’une dysphagie.

Voici les références de l’article (il est en open-access, youpi !) :

Persson, E., Wårdh, I. & Östberg, P. Repetitive Saliva Swallowing Test: Norms, Clinical Relevance and the Impact of Saliva Secretion, Dysphagia (2019) 34: 271. https://doi.org/10.1007/s00455-018-9937-0

Et le lien pour le télécharger :

Cliquer pour accéder à 10.1007%2Fs00455-018-9937-0.pdf

Le RSST a été mis au point par une équipe japonaise (Oguchi et al. 2000). Il consiste à demander à un patient assis de déglutir sa salive le plus de fois possible en 30 secondes ; l’examinateur compte alors le nombre de déglutitions grâce à une palpation laryngée ou en le regardant. Une étude de validité avait montré une bonne corrélation entre le RSST et les aspirations en vidéofluoroscopie (VFS). Un cut-off avait été établi à 2 déglutitions par 30 secondes, en deçà duquel le patient doit être adressé pour une évaluation de la déglutition. Selon ses auteurs, cet outil présente une bonne faisabilité et a montré une sensibilité de 0,93 et une spécificité de 0,66. Il ne nécessite pas de matériel spécifique et ne demande pas que le patient déglutisse un aliment.

E. Persson et ses collaborateurs ont donc souhaité reproduire cette étude japonaise auprès d’un plus large échantillon de participants, soulignant le fait qu’il existait peu de publications internationales sur cet outil. Ils ont également posé l’hypothèse qu’un faible score au RSST ne reflétait pas forcément des signes d’aspiration mais pouvait être dû à une réduction de la quantité de salive. De plus, ils ont souhaité tester cet outil chez des patients en post-AVC en le comparant à une autre échelle de screening traduite et validée en suédois (Standardised Swallowing Assessment-Svenska).

Méthodologie :

  • Population : 120 participants en 4 groupes ; 3 groupes de sujets normaux (recrutement de convenance) répartis selon leur âge 22-40 ans, 41-60 ans et 61-85 ans et un groupe de patients gériatriques post-AVC
  • Procédure : les participants sains devaient donner leur âge, leur genre, la liste des traitements médicamenteux suivis, répondre à une échelle de jugement de leur production salivaire. Les auteurs ont mesuré leur sécrétion salivaire ; idem pour le groupe des patients post-AVC mais ils ont proposé en sus le SSA-S. Ils ont ensuite fait passer le RSST.
  • Une analyse de régressions multiples a été effectuée afin de définir quels facteurs pouvaient influencer les résultats au RSST. Une analyse de covariance a été effectuée pour mettre en évidence des différences entre les sujets contrôles, les patients présentant un risque de dysphagie d’après le SSA-S et ceux ne présentant pas de risque à la SSA-S. Une régression logistique binaire a été effectuée afin d’évaluer la pertinence clinique de la RSST.
  • L’étude a été approuvée par le Regional Ethical Review Board de Stockholm.

Résultats :

Les auteurs ont trouvé un effet significatif de l’âge (résultats plus faibles pour le 3ème groupe d’âge) et du genre (meilleurs scores chez les hommes) sur les résultats au RSST. Le nombre de médicaments prescrits, la sécrétion salivaire et les réponses à l’échelle d’auto-évaluation de la sécheresse buccale n’ont pas d’effet sur les résultats du RSST.

Si le RSST a montré une bonne capacité à discriminer une dysphagie dans le groupe post-AVC, il aurait une moindre sensibilité que le SSA-S pour le groupe à risque d’aspiration. Les auteurs suédois n’ont pas retrouvé les mêmes chiffres que l’équipe japonaise et ont observé une plus faible sensibilité (0,69) et une spécificité plus importante (0,93) : le RSST risquerait de ne pas être assez discriminant et d’exclure des patients pourtant dysphagiques.

Limites de l’étude :

Les sujets sains ont fait l’objet d’un recrutement de convenance. Les patients doivent être vigilants et cognitivement capables de réaliser les consignes, ce qui n’est pas toujours le cas en unités de médecine gériatrique. Si l’étude avait été proposée à des patients post-AVC moins âgés, la sensibilité et la spécificité auraient peut-être été plus élevées. Le groupe de patients dysphagiques au sein du groupe post-AVC est finalement peu puissant. La comparaison du RSST à un autre outil de screening sans évaluation instrumentale n’est pas forcément valide.

En conclusion, si le RSST est sensible à l’âge et au genre, il semble qu’il ne soit pas un outil suffisamment sensible pour discriminer le risque d’aspiration chez des patients dysphagiques. Les auteurs insistent sur le fait qu’il serait nécessaire de faire plus d’études concernant cet outil.

A la lumière de cet article, je pense que je ne proposerai pas le RSST aux équipes de soins comme outil de dépistage. Il convient peu aux patients institutionnalisés présentant des troubles cognitifs. De plus, la palpation laryngée n’est pas forcément un bon moyen de dépister les fausses routes, d’autant que le personnel soignant n’y est pas bien formé. Je vous invite à visualiser cette vidéo de Ianessa Humbert à ce sujet :

A bientôt !

Première fois

Ma grand-mère disait « il faut bien une première fois à tout » ! Et bien en voici une !

Je n’avais pas pour ambition de tenir un blog. Seulement voilà, je lis des articles et des livres en anglais et je me suis dit que je pourrais en faire profiter mes collègues. La question était : « sous quel format ? ». On m’a soufflé cette solution (merci Emmanuelle Prudhon !)

A travers ce blog donc, je vais essayer de publier de courtes synthèses de mes lectures anglophones. Je vais peut-être profiter de cet espace pour revenir sur des questions abordées lors de mes formations.

N’hésitez pas à me donner votre avis !

Bonnes découvertes !