Une piste pour aider les patients sans réflexe de toux ?

J’ai lu ce matin un article paru dans Dysphagia et qui décrit une étude portant sur l’utilisation des nébuliseurs diffusant une solution à base d’acide tartrique pour induire une toux (Cough-Inducing method using a Tartaric Acid nebulizer ou CiTA) chez des patients produisant des aspirations silencieuses.D’après Chung en 2008, le réflexe de toux est causé par la stimulation inflammatoire, mécanique et/ou chimique des récepteurs des branches terminales du nerf vague situées à la bifurcation entre le larynx et les bronches.

Selon OHNO et coll, il n’existe pas à l’heure actuelle de traitement véritablement efficace, immédiat et non-invasif des aspirations silencieuses. En effet, s’il peut être préconisé une toux volontaire compensatoire, un travail de renforcement des muscles expiratoires pour augmenter l’efficacité de l’expectoration ou une aspiration intra-trachéale des sécrétions par sonde, ces méthodes restent lourdes et/ou manquent d’efficacité.

Auparavant utilisée dans des protocoles évaluant la toux, les auteurs ont posé l’hypothèse que la nébulisation à l’acide tartrique pourrait représenter un moyen compensatoire non-invasif et facilement disponible pour générer une toux productive dans les cas d’aspirations silencieuses.

Pour cette étude, T. OHNO et collaborateurs ont donc inclus 154 patients dysphagiques hospitalisés dans un centre de rééducation fonctionnelle qui avaient pu bénéficier d’une vidéofluoroscopie. La moyenne d’âge de ces patients est de 65 ans et ils présentaient des pathologies cérébrovasculaires, neuromusculaires, des traumatismes crâniens et des antécédents de pneumopathie d’inhalation.

Après analyse des résultats de la vidéofluoroscopie, ils ont observé des aspirations (PAS ≥6) chez 87 patients, soit dans 56,5% des cas et parmi eux, 42 patients n’ont pas produit de toux soit 48,2% des cas.

OHNO et collaborateurs ont proposé un nébuliseur contenant une solution à 10% d’acide tartrique à ces 42 patients et ont mesuré l’effet sur l’expectoration des inhalations. Les conditions exactes d’administration ne sont pas décrites dans l’article.

38 de ces patients, soit 90,5%, ont produit une toux et pour 30 d’entre eux soit 78,9%, cette toux s’est avérée efficace pour dégager les voies aériennes, ce qui représente une efficacité du CiTA chez 71,8% des patients avec aspirations silencieuses.

Concernant les patients pour lesquels le CiTA n’a pas permis d’obtenir une efficacité de la toux réflexive, les auteurs ont établi une relation statistiquement significative avec des antécédents de pneumopathies récurrentes. Les auteurs expliquent ce phénomène grâce à l’hypothèse de Niimi et collaborateurs qui postulent que les patients présentant un historique de pneumopathies récurrentes ont un seuil de réflexe de toux plus haut. Néanmoins, 8 patients présentant ce profil ayant tiré bénéfice du CiTA, cette méthode n’est pas à exclure pour ce type de patients.

En conclusion, selon les auteurs, cette méthode d’induction de toux par nébulisation d’acide tartrique (CiTA) se révèle être une solution intéressante chez des patients dysphagiques présentant des fausses routes silencieuses car immédiate, facile et non invasive.

Des contre-indications sont cependant évoquées dans l’article, telles que les insuffisances cardiaques et pulmonaires, l’asthme et les pneumothorax.

Dans la discussion, les auteurs évoquent qu’une comparaison des effets du CiTa avec d’autres produits utilisés en recherche comme l’acide citrique ou la capsaïcine serait pertinente, de même que de plus amples études pourraient permettre de déterminer la durée et la fréquence d’utilisation, et les effets de l’utilisation à long terme de la méthode CiTA.

A titre personnel, je regrette que le protocole d’utilisation du nébuliseur ne soit pas explicité car il est difficile d’envisager l’application en pratique clinique à la lecture de l’article : le proposeraient-ils en fin de repas par exemple ? De plus, il serait pertinent de comparer l’efficacité de cette méthode avec la toux volontaire voire avec une technique de déglutition supra-glottique qui me semblent beaucoup plus simple à proposer en pratique. Par ailleurs, il serait intéressant de voir si ces résultats sont reproductibles auprès d’une population plus ciblée. Enfin, est-ce qu’un travail d’entraînement avec le CiTA pourrait diminuer les fausses routes silencieuses sur le long cours ? Affaire à suivre …

Les référence de l’article sont ici :

Ohno, T., Tanaka, N., Fujimori, M. et al. Cough-Inducing Method Using a Tartaric Acid Nebulizer for Patients with Silent Aspiration. Dysphagia (2021). https://doi.org/10.1007/s00455-021-10313-4

Et oh joie, il est en libre accès ici https://rdcu.be/cAIJm !

Quelques références citées dans ma synthèse :

Chung KF, Pavord ID. Prevalence, pathogenesis, and causes of chronic cough. Lancet. 2008;371(9621):1364–74. https:// doi. org/10. 1016/ S0140- 6736(08) 60595-4.

Niimi A, Matsumoto H, Ueda T, et al. Impaired cough reflex in patients with recurrent pneumonia. Thorax. 2003;58(2):152–3. https:// doi. org/ 10. 1136/ thorax. 58.2. 152.

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