Le RSST comme outil de dépistage d’une dysphagie, bonne idée or not ?

Quand on travaille à l’hôpital ou en maison de retraite, on est toujours à la recherche d’outils à proposer aux équipes de soins pour faire un dépistage correct des troubles de déglutition. Cela fait partie de notre mission d’orthophoniste et s’inscrit dans le cadre de la prévention des risques de malnutrition, déshydratation et de pneumopathie de déglutition.

Une équipe suédoise a récemment publié une étude sur l’utilité du Repetitive Saliva Swallowing Test (RSST) comme outil de screening d’une dysphagie.

Voici les références de l’article (il est en open-access, youpi !) :

Persson, E., Wårdh, I. & Östberg, P. Repetitive Saliva Swallowing Test: Norms, Clinical Relevance and the Impact of Saliva Secretion, Dysphagia (2019) 34: 271. https://doi.org/10.1007/s00455-018-9937-0

Et le lien pour le télécharger :

Cliquer pour accéder à 10.1007%2Fs00455-018-9937-0.pdf

Le RSST a été mis au point par une équipe japonaise (Oguchi et al. 2000). Il consiste à demander à un patient assis de déglutir sa salive le plus de fois possible en 30 secondes ; l’examinateur compte alors le nombre de déglutitions grâce à une palpation laryngée ou en le regardant. Une étude de validité avait montré une bonne corrélation entre le RSST et les aspirations en vidéofluoroscopie (VFS). Un cut-off avait été établi à 2 déglutitions par 30 secondes, en deçà duquel le patient doit être adressé pour une évaluation de la déglutition. Selon ses auteurs, cet outil présente une bonne faisabilité et a montré une sensibilité de 0,93 et une spécificité de 0,66. Il ne nécessite pas de matériel spécifique et ne demande pas que le patient déglutisse un aliment.

E. Persson et ses collaborateurs ont donc souhaité reproduire cette étude japonaise auprès d’un plus large échantillon de participants, soulignant le fait qu’il existait peu de publications internationales sur cet outil. Ils ont également posé l’hypothèse qu’un faible score au RSST ne reflétait pas forcément des signes d’aspiration mais pouvait être dû à une réduction de la quantité de salive. De plus, ils ont souhaité tester cet outil chez des patients en post-AVC en le comparant à une autre échelle de screening traduite et validée en suédois (Standardised Swallowing Assessment-Svenska).

Méthodologie :

  • Population : 120 participants en 4 groupes ; 3 groupes de sujets normaux (recrutement de convenance) répartis selon leur âge 22-40 ans, 41-60 ans et 61-85 ans et un groupe de patients gériatriques post-AVC
  • Procédure : les participants sains devaient donner leur âge, leur genre, la liste des traitements médicamenteux suivis, répondre à une échelle de jugement de leur production salivaire. Les auteurs ont mesuré leur sécrétion salivaire ; idem pour le groupe des patients post-AVC mais ils ont proposé en sus le SSA-S. Ils ont ensuite fait passer le RSST.
  • Une analyse de régressions multiples a été effectuée afin de définir quels facteurs pouvaient influencer les résultats au RSST. Une analyse de covariance a été effectuée pour mettre en évidence des différences entre les sujets contrôles, les patients présentant un risque de dysphagie d’après le SSA-S et ceux ne présentant pas de risque à la SSA-S. Une régression logistique binaire a été effectuée afin d’évaluer la pertinence clinique de la RSST.
  • L’étude a été approuvée par le Regional Ethical Review Board de Stockholm.

Résultats :

Les auteurs ont trouvé un effet significatif de l’âge (résultats plus faibles pour le 3ème groupe d’âge) et du genre (meilleurs scores chez les hommes) sur les résultats au RSST. Le nombre de médicaments prescrits, la sécrétion salivaire et les réponses à l’échelle d’auto-évaluation de la sécheresse buccale n’ont pas d’effet sur les résultats du RSST.

Si le RSST a montré une bonne capacité à discriminer une dysphagie dans le groupe post-AVC, il aurait une moindre sensibilité que le SSA-S pour le groupe à risque d’aspiration. Les auteurs suédois n’ont pas retrouvé les mêmes chiffres que l’équipe japonaise et ont observé une plus faible sensibilité (0,69) et une spécificité plus importante (0,93) : le RSST risquerait de ne pas être assez discriminant et d’exclure des patients pourtant dysphagiques.

Limites de l’étude :

Les sujets sains ont fait l’objet d’un recrutement de convenance. Les patients doivent être vigilants et cognitivement capables de réaliser les consignes, ce qui n’est pas toujours le cas en unités de médecine gériatrique. Si l’étude avait été proposée à des patients post-AVC moins âgés, la sensibilité et la spécificité auraient peut-être été plus élevées. Le groupe de patients dysphagiques au sein du groupe post-AVC est finalement peu puissant. La comparaison du RSST à un autre outil de screening sans évaluation instrumentale n’est pas forcément valide.

En conclusion, si le RSST est sensible à l’âge et au genre, il semble qu’il ne soit pas un outil suffisamment sensible pour discriminer le risque d’aspiration chez des patients dysphagiques. Les auteurs insistent sur le fait qu’il serait nécessaire de faire plus d’études concernant cet outil.

A la lumière de cet article, je pense que je ne proposerai pas le RSST aux équipes de soins comme outil de dépistage. Il convient peu aux patients institutionnalisés présentant des troubles cognitifs. De plus, la palpation laryngée n’est pas forcément un bon moyen de dépister les fausses routes, d’autant que le personnel soignant n’y est pas bien formé. Je vous invite à visualiser cette vidéo de Ianessa Humbert à ce sujet :

A bientôt !

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