Téléorthophonie et dysphonie : les recommandations de la SFPL

Il y a 5 ans, notre société se retrouvait confrontée à un évènement sans précédent : le confinement en raison du COVID-19.

Cette situation a cependant permis de mettre en place des adaptations dans la prise en soins de nos patients en médecine et plus particulièrement en orthophonie et encore plus particulièrement dans la rééducation des troubles de la voix, qui perdurent aujourd’hui. Alors que je m’interrogeais sur la pertinence de séance de téléorthophonie auprès d’une patiente dysphonique, je suis tombée sur une publication intéressante dont je n’avais pas eu connaissance et dont je souhaitais partager la synthèse avec vous.

Cet article, rédigé par Baudoin et collaborateurs en 2023, s’intitule “Tele‑rehabilitation in voice disorders during the pandemic : a consensus paper from the French Society of Phoniatrics and Laryngology”. Il a été publié dans la revue Laryngology.

Pour lire l’article c’est ici : https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s00405-022-07779-9.pdf

Cet article rapporte les conclusions d’un consensus d’experts constitué de 14 orthophonistes et 6 phoniatres francophones (Belgique et France), membres de la SFPL. L’objectif de cet article est de définir des recommandations dans le cadre du recours à la téléorthophonie lors de la prise en soin des patients dysphoniques. Après avoir extrait 24 déclarations d’une revue de la littérature basée sur 11articles, il a été demandé aux experts de les noter au cours d’un DELPHI. Les recommandations devaient recueillir une note supérieure ou égale à 8/10 par plus de 60% des experts pour être validées. Après 3 tours, au cours desquels les experts ont pu valider, supprimer ou modifier les propositions, il ressort 18 recommandations réparties en 5 catégories :

  • Mise en place :
    • 1) La connexion internet utilisée doit être de bonne qualité, 384Kbits/s minimum, et l’utilisation d’un réseau Wi-Fi privé ou d’un câble de connexion est recommandé.
    • 2) L’orthophoniste et le patient doivent être seuls dans la pièce, avec les portes et les fenêtres fermées afin de réduire le risque de bruits et de distraction.
    • 3) L’orthophoniste doit s’assurer par un feed-back régulier que le patient est toujours motivé et participatif pendant la session de téléorthophonie.
    • 4) Les sessions doivent être réalisées sur une plateforme de télécommunication (Zoom ou logopede.online par exemple)
  • Antécédents médicaux et orthophoniques :
    • 5) Dans le cas où la session aurait lieu via une plateforme sécurisée pour les données médicales, les antécédents pourront être collectés par ce biais, sinon ils devront être recueillis lors d’une session avec le patient.
    • 6) Les antécédents médicaux et orthophoniques doivent être recueillis via un appel téléphonique, un échange en vidéoconférence ou un rendez-vous en face à face plutôt qu’à travers un questionnaire en ligne.
  • Evaluation subjective de la qualité de la voix et de la parole :
    • 7) Les évaluations de la voix sont facilement réalisables en téléorthophonie grâce à des outils validés ; ils aideront au recueil d’informations et à la bonne compréhension des troubles par le patient.
    • 8) Les questionnaires d’autoévaluation sont plus fiables quand ils sont complétés en face à face, néanmoins ils peuvent être envoyés au préalable au patient et complétés en ligne sous la guidance du thérapeute.
    • 9) La cotation du GRBASI est de meilleure qualité lorsqu’elle est réalisée en face à face de manière à obtenir une meilleure qualité d’échantillon vocal.
  • Evaluation objective de la qualité de la voix et de la parole :
    • 10) Les paramètres acoustiques et le temps maximum phonatoire sont de meilleure qualité lorsqu’ils sont enregistrés en face à face plutôt que via un micro de téléphone ou en visio. En cas de téléorthophonie, il est conseillé de demander au patient d’enregistrer sa voix avec le microphone de son téléphone portable et de toujours utiliser la même procédure afin de pouvoir comparer l’évolution sur le long terme.
    • 11) En cas d’enregistrement par le patient, il est important que les conditions d’enregistrement soient toujours les mêmes, à savoir un environnement calme sans bruits parasites et à une distance de 15 cm du micro du téléphone portable.
    • 12) Si cela est possible, l’idéal serait de proposer une anamnèse et une évaluation initiale de la voix en face à face et la rééducation en téléorthophonie.
  • Rééducation :
    • 13) La satisfaction du patient quant à la téléorthophonie doit être régulièrement évaluée par un questionnaire tout au long de la séance de rééducation.
    • 14) La méthode LSVT® peut être proposée en téléorthophonie. Des séances en présentiel peuvent être organisées en fonction du patient, afin d’améliorer la relation avec le thérapeute et pour réaliser les enregistrements des différents paramètres vocaux.
    • 15) Les prérequis à la rééducation tels que les conseils d’hygiène vocale, les explications concernant l’anatomie et la physiologie de la fonction vocale peuvent être présentés en téléorthophonie.
    • 16) Le thérapeute peut envoyer des photos et des vidéos d’exercices de rééducation au patient de manière asynchrone afin que celui-ci puisse travailler dessus par lui-même. Ce matériel pourra être rendu disponible au patient quand il le souhaite en dehors des séances.
    • 17) Le patient pourra s’enregistrer de manière asynchrone (phots ou vidéos) afin de donner à l’orthophoniste des informations fonctionnelles sur l’environnement quotidien du patient.
    • 18) Le manque de feed-back kinesthésique peut exercer une influence négative sur les progrès du patient. Des séances en présentiel devront régulièrement être proposées afin de pouvoir réaliser des techniques de thérapie manuelle au patient. Les séances de téléorthophonie doivent donc être complémentaire à un suivi en présentiel et la proportion de séances en visio dépendra de la volonté du patient et des caractéristiques de sa pathologie.

Les auteurs précisent ensuite que la téléorthophonie a été soutenue par l’American Speech–Language–Hearing Association pendant la pandémie et font référence à un article de Freeman-Sanderson et collaborateurs pour apporter quelques précisions sur les ressources nécessaires à l’implantation de la téléorthophonie.

Un questionnement est ensuite apporté sur l’aspect éthique de la sécurité des données médicales lors de la télémédecine et plus particulièrement de la téléorthophonie.

Les recommandations de bonnes pratiques concernant la téléorthophonie sont plébiscitées par de nombreuses organisations professionnelles d’orthophonistes. Il est important que les orthophonistes tout comme les patients se sentent à l’aise avec cette pratique pour pouvoir la proposer. Dans plusieurs études, les orthophonistes se sont montrées satisfaites par cet outil.

Les auteurs concluent par le fait qu’il s’agit d’un premier consensus élaboré par la Société de Laryngo-Phoniatrie et qu’il serait pertinent que de futures études s’intéressent à la faisabilité, la fiabilité et la perception du patient concernant la téléorthophonie par rapport aux séances en présentiel.

Cet article est intéressant car il aborde les modalités de suivi en téléorthophonie auprès des patients dysphoniques.

Il est tout de même nécessaire de le compléter avec quelques règles déontologiques*.

Pour rappel, en France, la téléorthophonie a été autorisée en avril 2020 par l’avenant 17 à la convention nationale des orthophonistes. Il est actuellement côté TMO dont la valeur est inférieure de 4% à la lettre-clé des séances en présentiel (AMO). Le bilan orthophonique initial ne peut être réalisé qu’en présentiel, seules les séances peuvent être réalisées en visio sauf s’il y a besoin d’un contact direct en présentiel avec le patient et/ou un équipement spécifique non disponible auprès du patient. Pour les mineurs de moins 18 ans, la présence d’un des parents majeurs ou d’un majeur autorisé est nécessaire. A noter que seul un orthophoniste du même territoire que le patient peut réaliser le télésoin.

Enfin, l’orthophoniste ne pourra réaliser au maximum que 20 % de son activité conventionnée à distance.

Ce que j’ai apprécié dans cet article, ce qu’il me semble important de garder en tête, c’est l’aspect éthique plus que technique finalement. Il me paraît essentiel que le patient soit acteur de sa rééducation, quelle que soit la modalité. Ainsi les recommandations n°3 et 13 me semblent primordiales : le patient doit toujours avoir le choix et avoir la possibilité de demander à revenir à une prise en soins en présentiel.

Pour ma part, je ne pense pas que les rééducations phoniatriques puissent être réalisées uniquement en téléorthophonie. D’autant que dans ma pratique, je propose beaucoup de techniques en thérapie manuelle et du K-Taping avec mes patients dysphoniques. Néanmoins, c’est un outil que l’on peut proposer de manière hybride, surtout si le patient vit en milieu rural et/ou que les trajets au cabinet peuvent créer une fatigue délétère à la bonne tenue des séances.

Le site de la SFPL est ici : https://www.phoniatrie-laryngologie.fr/

*https://www.ameli.fr/orthophoniste/exercice-liberal/telesante/telesoin

Merci à Clare M, pour son aide toujours précieuse

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