Aujourd’hui je vais vous parler taille du pharynx, dysphagie, maladie de Parkinson et syndromes apparentés en vous présentant une étude de Lee et collaborateurs parue dans la revue Dysphagia en octobre 2023*. En effet, cette équipe coréenne s’est intéressée au lien qu’il pouvait y avoir entre la modification structurelle du pharynx et les troubles de la déglutition dans les pathologies neuroévolutives impliquant le système dopaminergique.
En effet, les auteurs citent en introduction des publications concernant les modifications du lumen pharyngé liées à une atrophie musculaire et une diminution du tonus pharyngé dans les pathologies vasculaires et dans le vieillissement normal. Néanmoins, compte tenu des 80% de patients parkinsoniens concernés par la présence d’une dysphagie et des 40% présentant une sarcopénie, il leur a semblé intéressant de chercher à comprendre le lien entre la modification du pharynx et les troubles de déglutition dans cette pathologie, en mesurant la largeur du pharynx et l’épaisseur du mur pharyngé.
Pour cela, ils ont réalisé une étude rétrospective sur 46 patients (qui n’avaient ni antécédents d’AVC, de chirurgie ORL, de cancer ORL et de dysphagie antérieure au diagnostic de Parkinson ; 24 présentaient une maladie de Parkinson idiopathique, 7 une PSP**, 3 une AMS**, 10 une DCL** et 2 présentaient une DCB**, score médian Hoehn et Yahr à 4). Ils ont comparé leurs résultats à ceux de sujets contrôles (ayant participé à une étude antérieure sur la déglutition chez les sujets normaux). Dans le 1er groupe, la moyenne d’âge était de 76 ans et dans le second 72 ans. Il n’y avait pas de différence statistique au niveau du poids et de la taille entre les deux groupes.
Des mesures de l’épaisseur du mur pharyngé, de la largeur de l’espace pharyngé au repos et lors de la déglutition ont été effectuées sur des clichés radiologiques en coupe sagittale, entre les vertèbres C2 et C3. Pour la mesure lors de la déglutition, une vidéofluoroscopie a été proposée avec des textures IDDSI 0, 4 et 6 avec passation du Penetration-Aspiration Scale et du Dysphagia Outcome and Severity Scale.
Tandis que le PAS et le DOSS étaient notés par 2 médecins rééducateurs, les mesures pharyngées ont été réalisées par 2 chercheurs, les 2 groupes étaient aveugles l’un de l’autre.
Au niveau des résultats, les auteurs ont trouvé une différence significative pour l’épaisseur du mur pharyngé, qui était diminuée chez les patients par rapport au groupe contrôle (respectivement 3.9 ± 0.9 mm et 4.7 ± 0.8 mm). L’espace pharyngé au repos était significativement plus grand chez les patients par rapport aux sujets contrôles (respectivement 18.9 ± 4.5 mm and 14.2 ± 4.7 mm).
Ils ont également trouvé une corrélation significative entre les échelles de dysphagie et le score d’Hoehn et Yahr ainsi qu’avec l’épaisseur du mur pharyngé et l’espace pharyngé lors de la déglutition. De plus, le score au Hoehn et Yahr était également corrélé à l’épaisseur du mur pharyngé. En revanche, ils n’ont pas pu établir de corrélation entre la largeur de l’espace pharyngé au repos et les scores obtenus aux échelles de déglutition et au score d’Hoehn et Yahr contrairement à ce qui avait été observé chez les patients en post-AVC.
Les auteurs concluent que les mesures combinées de l’épaisseur du mur pharyngé (sensitivité de 86.36% pour un cut-off à 4.05mm) et de la largeur de l’espace pharyngé au repos (spécificité de 75% pour un cut-off à 16.05mm) pourrait permettre de déterminer des seuils de détections des risques de fausses routes chez les patients porteurs de maladie de Parkinson et syndromes apparentés.
J’ai quelques réserves concernant cet article. Je ne comprends pas comment les auteurs peuvent définir ces seuils dans la mesure où ils n’ont pas trouvé de corrélation significative entre le PAS et l’espace pharyngé au repos… Autre point de faiblesse, leur population cible est assez hétérogène en termes de pathologies et la méthodologie questionne (étude rétrospective, échantillon de sujets contrôles, choix du DOSS, du Hoehn et Yahr …). Enfin, ce type de mesure est-il vraiment reproductible et ces normes applicables et fiables en pratique clinique ?
Néanmoins, ce travail peut être intéressant dans la réflexion qu’il suscite : comment lutter contre l’amincissement de la paroi pharyngée ? Existe-t-il des différences à ce niveau entre les personnes porteuses de syndromes parkinsoniens ? Peut-on imaginer qu’il y ait un intérêt à solliciter les muscles pharyngés pour prévenir les troubles de déglutition, chez les patients atteints de maladie de Parkinson et syndromes apparentés ? Si oui, comment et quel effet sur le long terme ? Nous allons donc continuer à creuser …
* Lee, E., Kim, G. J., Ryu, H., Jung, K., Yoo, W., & Ohn, S. H. (2023). Pharyngeal Structure and Dysphagia in Patients with Parkinson’s Disease and Related Disorders. Dysphagia, 39(3), 468–475. https://doi.org/10.1007/s00455-023-10631-9
** PSP = Paralysie Suprannucléaire Progressive ; AMS= Atrophie MultiSystématisée ; DCL = démence à corps de Lewy, DCB= Dégénerescence CorticoBasale ?